Résistante, militante politique et féministe contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud, compagne de Nelson Mandela, elle reste un symbole de la lutte pour le droit des Noirs, malgré ses discours et actes parfois radicaux et violents et les affaires pénales qui entachèrent sa réputation.

Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela naît le 26 septembre 1936 à Bizana, un village d’Afrique du Sud. Elle décroche un diplôme de travailleur social puis un poste d’assistante sociale médicale.

Sur le terrain, elle découvre l’état sanitaire déplorable de la population d’ascendance africaine indigène, dans un contexte d’apartheid, un système fondé sur la ségrégation raciale.

Résistante par amour

Au milieu des années 50, Winnie rencontre l’avocat Nelson Mandela, dirigeant du Congrès national africain (ANC), un parti politique qui milite pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Malgré leur différence d’âges (18 ans), elle l’épouse en 1958. Ils auront deux filles.

Régulièrement arrêté pour ses activités politiques, Nelson Mandela est emprisonné puis condamné à la perpétuité en 1964.

Winnie n’est autorisée à le voir que deux fois par an, et les autorités font tout pour compliquer ses visites. Elle jure alors de continuer la lutte contre l’apartheid, et prend part aux activités de l’ANC.

Endurcie par l’oppression

Surveillée, harcelée, menacée en permanence, elle est emprisonnée plus d’un an en 1969 et torturée, avant d’être jugée, acquittée puis libérée.

En 1974, elle fait à nouveau de la prison. Malgré les intimidations et les pressions constantes, son combat et son discours se radicalisent.

Lors des émeutes meurtrières de Soweto en 1976 contre l’introduction de l’afrikaans dans l’enseignement, elle appelle les lycéens à « se battre jusqu’au bout » et acquiert une envergure nationale.

En 1977, elle est alors placée en résidence surveillée à une centaine de kilomètres de chez elle. Elle y ouvre une clinique et une crèche, et initie les habitants à la lutte contre l’apartheid.

Les années d’emprisonnement m’ont endurcie ; quand la douleur devient un mode de vie, je ne ressens plus de peur.

Militante par la violence

De retour à Soweto, Winnie arbore dans les années 1980, une tenue militaire et s’entoure d’une garde rapprochée aux méthodes brutales. Elle est soupçonnée d’avoir fait torturer et tuer Stompie Moketsi Seipei, un jeune militant considéré comme un informateur du pouvoir.

Dans un discours en avril 1985, elle appelle à la mort des « traîtres noirs » et des boers, les descendants des colons d’origine néerlandaise. Ses positions radicales, et les accusations de violence sont condamnées et suscitent l’indignation.

En 1990, Nelson Mandela est libéré, après 27 ans de détention. A sa sortie de prison, Winnie est à ses côtés. Main dans la main, ils avancent vers la foule, le poing levé. Deux plus tard cependant, le couple divorce ; les années de séparation et les révélations sur l’infidélité de Winnie ont consumé le mariage. Ils rompront officiellement en 1996.

En février 1990, l’ANC est légalisé. Et en juin 1991 l’apartheid est officiellement aboli. Winnie préside la Ligue des femmes du parti et défend la cause féministe.

Pour elle, les femmes noires souffrent d’une triple oppression, liée à leur sexe, à leur couleur de sa peau et à leur classe sociale.

En 1994, l’ANC remporte les premières élections législatives multiraciales au suffrage universel. Nelson Mandela est élu président de la République sud-africaine.

Winnie entre au gouvernement de son mari. Onze mois plus tard, elle est cependant écartée, en raison de son passé et de ses paroles jugées trop radicales.

Politicienne par intransigeance

Accusée de « violations flagrantes des droits de l’homme » suite aux meurtres et aux tortures infligées par ses gardes du corps, elle comparait en 1997, devant la Commission Vérité et Réconciliation, chargée de faire la lumière sur les crimes politiques commis durant l’apartheid.

Reconnue coupable de complicité dans l’enlèvement et le meurtre de Moketsi, elle est condamnée à six ans de prison. Sa peine sera commuée en amende.

Soutenue par une base populaire, elle est réélue au Parlement en 1999. Mais soupçonnée de fraude économique en 2003, elle démissionne.

Sa condamnation sera cependant annulée. En 2009, elle retourne en politique, forte de sa popularité auprès de la population et de la branche radicale de l’ANC, qui refusent la collaboration du gouvernement avec les Blancs.

Jusqu’au bout, elle continuera son combat pour les droits des Noirs, critiquant ouvertement la corruption et les luttes internes au sein du parti désormais au pouvoir.

Malade, atteinte d’infection rénale, elle meurt à Johannesburg le 2 avril 2018 à 81 ans. Le pays décrètera dix jours de deuil national.

BIOGRAPHIE

26 septembre 1936 : naissance de Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela à Bizana.

1958 : mariage avec Nelson Mandela.

1969 : elle est incarcérée durant plus de 490 jours.

Juin 1976 : émeutes de Soweto.

1990 : libération de Nelson Mandela et l’égalisation de l’ANC.

Juin 1991 : abolition de l’apartheid.

1993 – 1997 : Winnie préside la ligue des femmes de l’ANC.

Mai 1994 : elle entre dans le premier gouvernement post-apartheid comme vice-ministre.

1997 : comparution devant la Commission Vérité et Réconciliation, pour complicité d’enlèvement et de meurtre.

1999 : réélection au Parlement.

2003 : accusée de fraude économique.

2009 : retour en politique.

2 avril 2018 : décès à Johannesburg de complications rénales.

ANECDOTES

Elle sera la première noire sud-africaine à exercer le métier d’assistante sociale.

Sa vie a fait l’objet d’un opéra, de livres et de films.