Première femme dans l’espace à 26 ans, unique femme à avoir voyagé en solitaire, exhibée pour les besoins de la propagande soviétique, elle perdra tout espoir d’un second vol dans l’espace, et se lancera à corps perdu dans la politique.

Valentina Vladimirovna Terechkova naît le 6 mars 1937 à Maslennikovo, dans la région de Iaroslav, en Russie, de parents biélorusses. Son père, Vladimir Terechkov, conducteur de tracteurs dans une ferme collective, part combattre en Finlande en septembre 1939, et meurt quelques mois plus tard.

Sa mère, Elena Fiodorovna Terechkova, déménage alors avec ses trois enfants à Iaroslavl, où elle trouve un emploi dans la filature de coton locale.

A 17 ans, Valentina entre comme ouvrière dans une fabrique de pneumatiques, puis rejoint l’usine où travaillent sa mère et sa sœur.

Passionnée d’aéronautique, elle postule pour le programme spatial soviétique nouvellement créé, et est sélectionnée pour les entraînements. Attirée par le parachutisme, elle s’inscrit dans l’aéroclub local, effectue son premier saut libre, puis devient instructrice.

Elle suit en parallèle des cours par correspondance à l’École technique de l’industrie légère, et obtient un diplôme. A 23 ans, elle s’engage dans la politique, adhère à l’organisation de la jeunesse du parti communiste soviétique, puis au parti communiste.

Conquérante spatiale

Dans les années 1950, commence la compétition entre Russes et Américains, pour la conquête de l’espace : en 1957, les Soviétiques lancent leur premier satellite (Spoutnik 1), puis organisent les premiers vols spatiaux avec des animaux, et notamment la chienne Laïka.

Le 12 avril 1961, le Russe Youri Gagarine accomplit le premier voyage humain dans l’espace. Les Américains tentent eux de rattraper leur retard : ils fondent leur agence spatiale (NASA) en 1958, puis propulsent leur premier astronaute hors de Terre en mai 1961.

Pour les besoins de la propagande, les Soviétiques décident d’envoyer une femme en orbite, et choisissent Valentina (25 ans) pour cette mission.

Coupée du monde extérieur, elle subit un entraînement intensif de huit mois : entre autres tests, à bord d’une centrifugeuse, elle est projetée à des vitesses jusqu’à douze fois l’accélération de la gravité de la Terre.

Le 16 juin 1963, elle monte dans le vaisseau spatial Vostok 6, depuis le cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan), pour un voyage de 2 jours, 22 heures et 41 minutes.

Elle tourne 48 fois autour de la Terre, prend notes et photos. A 26 ans, elle devient la plus jeune et l’unique femme à avoir effectué seule une mission spatiale.

L’occasion pour l’Union soviétique de démontrer sa supériorité dans la course à l’espace.

Enfant, je rêvais déjà de voyages dans les étoiles. Au besoin, j’aurais même pu voler sur un balai.

Mariage arrangé

Ce premier vol féminin bénéficie d’un retentissement international et de retombées politiques positives pour l’Union soviétique.

L’occasion pour cette dernière d’utiliser Valentina à maintes reprises, comme symbole de la libération de la femme dans le monde socialiste.

Pour parfaire le conte de fées, les autorités l’« encouragent » à épouser le cosmonaute Andrian Nikolaïev. L’union des deux héros de l’espace est célébrée en novembre 1963, en présence des principaux dirigeants du pays ; la presse étrangère est même invitée à la cérémonie.

En juin 1964, le couple donne naissance à une petite fille, Elena. Il se sépare peu après, puis divorce en 1982. Valentina se remariera par la suite avec un chirurgien.

Entre 1963 et 1970, elle enchaîne les tournées de propagande en Union soviétique et dans le monde entier, avec pas moins de 43 tournées à l’étranger.

Rêve avorté

Malgré ses activités de mère et de propagande, Valentina compte poursuivre sa carrière de cosmonaute, et s’inscrit à l’Académie des ingénieurs de l’Armée de l’air Joukovski. Parallèlement, elle démarre une carrière politique.

En mars 1968, Iouri Gagarine s’écrase lors d’un vol d’entrainement. Les responsables soviétiques ne souhaitent pas perdre un autre héros de l’astronautique soviétique, et font pression pour qu’elle ne prenne plus de risques : elle n’est plus autorisée à sauter en parachute ni à piloter. Ses espoirs de repartir dans l’espace sont anéantis.

Valentina poursuit néanmoins ses études d’ingénierie aéronautique, et décroche un doctorat en 1977. Nommée colonelle des forces aériennes soviétiques en 1977, elle passe major général des forces de réserve en 1995, avant d’être mise en retraite de son poste dans l’armée à 60 ans.

Depuis 2011, elle siège à la Douma de Russie, en tant que représentante de la circonscription de Iaroslavl, sous l’étiquette du parti du président Vladimir Poutine.

De 1966 jusqu’à la fin de l’Union soviétique (décembre 1991), Valentina occupe des postes politiques importants : membre de l’Assemblée législative du Soviet suprême, elle est élue au Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, l’exécutif du pays, et fait partie du Præsidium du Soviet suprême (de 1974 à 1989).

BIOGRAPHIE

6 mars 1937 : naissance de Valentina Vladimirovna Terechkova à Maslennikovo (Russie).

Mai 1959 : premier saut en parachute libre.

16 juin 1963 : premier et unique vol spatial, à bord du vaisseau Vostok 6.

3 novembre 1963 : mariage de Valentina Terechkova avec le cosmonaute Andrian Nikolaïev.

1997 : retraite militaire, avec le grade major général des forces de réserve.

Depuis 2008 : tour à tour élue au parlement régional (Iaroslavl), puis à l’assemblée nationale de Russie (Douma), au Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique et au Præsidium du Soviet suprême.

ANECDOTE

La « Mouette » a été son nom de code, lors des entraînements spatiaux, en référence à la pièce de théâtre d’Anton Tchekhov.