Charel Trieweiler (directeur de Factory4), souhaite que le secteur soit reconnu pour son action préventive et ses bienfaits sur le physique, le mental et le système immunitaire.

En décembre 2020, huit des 13 principaux centres luxembourgeois de fitness fondaient la Fédération Luxembourgeoise de Fitness (FLDF).

Avec un triple objectif : défendre les intérêts de ses membres ; structurer et coordonner le métier ; et développer une offre de produits et de services qualitatifs adaptée aux besoins des clients.

Largement inspirée de son homologue suisse qui joue la carte Santé, la FLDF compte clairement se distinguer de la Fédération de body building luxembourgeoise.

Son président, Charel Trieweiler (directeur de Factory4) revient sur l’initiative et sa démarche de professionnalisation.

Charel Trierweiler, Quel a été l’impact de la pandémie sur les métiers du fitness ?

Le confinement, les chiffres quotidiens des contaminations et des décès, l’accès restreint aux salles, initialement ordonné par le ministère des Sports – maximum, 10 personnes ensemble y compris le personnel – et le télétravail ont considérablement réduit la fréquentation des centres de fitness.

Au point que le secteur a perdu la moitié de ces clients. Tous sont aujourd’hui déficitaires.

Le business model d’un fitness comprend en effet bon nombre de charges fixes. Aussi, le seul moyen d’amortir les équipements coûteux et d’atteindre le seuil de rentabilité reste d’accroître sa clientèle. Actuellement, tous les centres sont tombés nettement au-dessous de ce seuil.

Comme nous ne recevons plus d’aide de l’État depuis juillet dernier, le plus grand défi actuel est de se réinventer et de rassurer nos clients, en leur expliquant que le meilleur moyen de renforcer leur système immunitaire est de faire du sport.

Pour quand prévoyez-vous un retour à la normale ?

Pour nous, la reprise et le retour à une situation économique normale prendront au moins un à deux ans, en fonction de la disposition des clients et de la Société en général à retourner dans nos centres.

La situation dépendra aussi du télétravail : une grande proportion de nos clients est composée d’actifs, qui s’entraînaient chez nous avant ou après le travail et pendant la pause déjeuner. Avec la pandémie, nous les avons perdus.

Nous vivons actuellement une situation économiquement compliquée. Pour cette raison, j’avais pris la décision en décembre 2020, ensemble avec d’autres centres de fitness et la clc, de créer cette Fédération, pour mieux représenter notre secteur, et présenter d’une seule voix aux ministères, les problèmes que nous rencontrons actuellement au quotidien.

Charel Trierweiler, président et co-fondateur de la Fédération Luxembourgeoise de Fitness (photo : Charel Trierweiler).

Qu’attendez-vous justement des autorités ?

Nous travaillons sur plusieurs dossiers. Début 2021, nous avons expliqué au ministre des Classes moyennes Lex Delles, que notre secteur est un des plus vulnérables. Et que nous ne pourrons pas résoudre ce problème du jour au lendemain.

Nous avons donc demandé un prolongement de l’accompagnement financier supplémentaire, qui se terminait en juillet dernier. Après cette date, nous continuerons à accumuler des pertes et des pertes durant des mois et des années, jusqu’à ce que nous revenions aux niveaux d’avant crise.

L’aide financière ne suffit pas : nous avons aussi besoin d’une collaboration ou au moins d’un soutien ministériel, pour sensibiliser, informer et éduquer la Société, pour expliquer que pendant et après la pandémie rien n’est plus important que de pratiquer un sport et de renforcer son système immunitaire.

Vous positionnez donc votre sur la thématique de la santé et de la prévention…

En février 2021, nous avons eu un rendez-vous très intéressant et très prometteur avec le ministère de la Santé. Nous avons expliqué au Dr Jean-Claude Schmit et à son équipe, que notre secteur représente un pilier important de la santé publique. Dans mes centres par exemple, nous offrons un choix de 80 cours collectifs différents par semaine : spinning, yoga, zumba, arts martiaux, etc.

Quelle image du fitness souhaitez-vous offrir au public ?

Nous voulons casser ce cliché des années 1990, du fitness en mode body building et gros muscles, façon Arnold Schwarzenegger.

Aujourd’hui notre clientèle se compose de gens de tout âge (jusqu’à 80 ans, voire plus), avec des objectifs différents : les-uns viennent chez nous pour entretenir leur santé, et non pour leur esthétique ; d’autres viennent avec un historique médical (surpoids, des problèmes dorsaux et lombaires, etc.), dus au stress et à une vie sédentaire accrue par le confinement.

Ils ont eux aussi une démarche de santé ; d’autres enfin viennent pour le côté social et de sociabilité des clubs.

Nous travaillons avant tout avec des humains. La convivialité est très importante dans notre activité.

Comment la Fédération et les professionnels du secteur peuvent-ils changer cette image ?

Au début de la pandémie, du point de vue des aides étatiques, notre secteur tombait un peu dans le sport, pas vraiment dans l’Horeca, ni dans le tourisme, encore moins dans la santé.

Nous avons alors pris conscience qu’il fallait vraiment travailler notre image sectorielle tant auprès des gens que des autorités. Ceci nécessite un travail permanent et continu, qui prendra certainement plusieurs années.

Vers quels modèles étrangers regardez-vous pour votre Fédération ?

Nous nous sommes largement inspirés de la Fédération de fitness suisse, qui se réoriente beaucoup vers la santé. Dès le début, de voulions aussi très clairement nous distinguer de la Fédération de body building, qui existe déjà au Luxembourg, et qui n’a rien à voir avec notre activité.

Quelles arguments comptez-vous faire valoir pour être reconnus d’utilité et de santé publiques ?

Nous sommes déjà sur la bonne voie, grâce à nos bons contacts auprès du ministère de la Santé, qui compte investir dans la prévention – moins coûteuse et plus efficace que la simple réhabilitation – avec qui nous travaillons désormais étroitement sur des projets futurs.

Notre secteur peut à l’avenir jouer un rôle majeur dans ce domaine. J’espère donc que nous pourrons aussi collaborer plus avant avec les autres acteurs de la santé.

Nous devons maintenant réfléchir à la façon de nous réorganiser et de nous réinventer face à la pandémie. Je suis très optimiste sur le long terme quant à notre produit et ses bienfaits en matière de santé et de société. Si nous parvenons à trouver des solutions face à ces défis, je pense que nous sortirons tous renforcés de la pandémie.

Nous avons pris conscience qu’il fallait vraiment travailler notre image sectorielle.

Quelles sont les options possibles pour vous réinventer ?

Nous avons remarqué que beaucoup de gens restent confinés à la maison et ont besoin de faire du sport et des activités physiques. Mais leurs habitudes ont changé : ils courent désormais en forêt ; ce qui reste une alternative temporaire pas nécessairement adaptée à leur situation.

Aussi, nous avons lancé des cours collectifs à distance via Zoom, pour nos clients restés chez eux.

Nous organisons également beaucoup de cours collectifs en présentiel, en rassurant nos clients sur nos mesures sanitaires. Par beau temps, nous proposons aussi des cours en extérieur.

Nous notons néanmoins que les clients optent pour des entraînements plus cours et intenses, et ne restent plus très longtemps en salle : ils viennent, s’entraînent, ne se parlent presque plus, et repartent immédiatement après leur séance.

Hormis le les sessions zoom qu’est-ce que la digitalisation pourrait apporter à la profession pour survivre, s’adapter à la crise mais aussi se réinventer ?

Ce n’est pas évident car nous travaillons avant tout avec des humains. La convivialité est très importante dans notre activité. C’est donc très compliqué de faire vivre une telle expérience via le digital. La situation est comparable à un concert live versus retransmis à la télé ou sur les réseaux sociaux.

Comment réagissez-vous à la concurrence des centres low cost ?

Évidemment on ne peut pas négliger ces établissements. Ils font beaucoup de publicité pour le fitness en général. Mais après une première expérience qui n’est pas toujours positive, les gens changent et se rendent dans des centres plus professionnels.

Pour cette raison, je propose aux nouveaux clients, de tester d’abord notre centre et nos infrastructures, avant de s’engager. Et ce contrairement au low cost qui veulent que les gens s’engagent avant d’avoir fait leur expérience.

C’est donc d’une part une concurrence , mais comme ils font beaucoup de bonne publicité pour le fitness avec un focus sur le bien-être et non les muscles, ils nous ramènent aussi des nouveaux clients.

Qu’est-ce que la Fédération compte apporter à ses membres ?

Bien que chaque centre compte des clientèles différentes nous avons beaucoup de points de discussions et de défis communs, qui nous permettent de nous regrouper et d’avancer ensemble.

Il s’agit de mettre en place des échanges réguliers entre nous. La clc nous ouvre beaucoup de portes auprès des différents ministères, et nous aide beaucoup sur de nombreux dossiers.

Quelles actions la Fédération compte-t-elle mener dans les prochains mois ?

Nous avons lancé une campagne d’information pour la rentrée, en espérant que septembre-octobre verra un regain de fréquentation.  

Nous allons continuer dans la sensibilisation, car il y a beaucoup de travail à faire dans le domaine de la prévention, en espérant que le ministère de la santé nous soutiendra dans cette action.

Nous devons aussi réactiver notre clientèle, et plus spécialement celle qui ne vient plus dans nos centres. Beaucoup de nos membres, qui ne pratiquent plus de sports régulièrement risquent à nouveau de connaître de graves problèmes de santé.

Car en dépit du stress au quotidien et de l’incertitude face à la pandémie, il ne faut pas oublier sa propre santé. Chacun doit lui-même investir dans ce capital personnel.