Experte en réputation d’entreprise, la start-up luxembourgeoise applique son outil au cas d’Ubisoft, pour en tirer une étude de cas.

Fondée en juin 2019, Niaouli s’est spécialisée dans l’analyse de l’image des entreprises auprès de leurs employés et candidats potentiels.

Pour Margaux Raab, la co-fondatrice de la start-up luxembourgeoise, ce concept de marque employeur repose sur trois piliers: le premier est le vécu des collaborateurs; il comprend « leur expérience en termes de management, de formation, d’évolution professionnelle, et d’intégration au sein de l’entreprise, jusqu’à son départ, » précise Margaux Raab.

Second pilier, l’expérience du candidat à toutes les étapes du processus de recrutement. « Elle se définit à travers la communication, et par tout ce qu’on voit de l’entreprise sur les réseaux sociaux, jusqu’à ce que le candidat décide de rejoindre la société, » poursuit la CEO.

Troisième pilier le sens: « il représente toute la culture et l’ADN que les dirigeants diffusent au sein de la société, » ajoute Raab.

Attractivité et fidélisation

Pour mesurer cette marque employeur, Niaouli a développé une solution digitale éponyme. Proposé en mode software as a service, l’outil permet à l’entreprise d’évaluer à tout moment son image en termes d’attractivité et de fidélisation. Il permet aussi de mesurer l’impact des éventuelles actions correctives menée par les RH, pour améliorer la réputation de la société.

L’attractivité de l’entreprise est mesurée à travers quatre indicateurs: donner envie, notoriété, visibilité et différenciation. La fidélisation de ses talents repose elle sur quatre autres indicateurs: engagement, cohérence, lisibilité et pérennité.

Pour alimenter l’étude en données objectives et subjectives, Niaouli effectue une analyse croisée de tout ce qui se dit de l’entreprise sur le Net.

Elle passe pour cela au crible les API (bibliothèque logicielles et services Web) de LinkedIn, Facebook, Glassdoor, ainsi que les jobboards et la plateforme RH de l’entreprise.

« L’analyse offre ainsi une vision transverse de l’image employeur et de la performance de l’expérience candidat, » explique Margaux Raab.

La solution propose également des questionnaires flash, accessibles aussi aux salariés, dans l’objectif de déterminer l’évolution de l’expérience collaborateur proposée par l’entreprise.

« L’algorithme présente l’ensemble de ces KPIs et résultats dans un tableau de bord et propose un scoring, l’Employer Brand Score, qui fournit une lecture simple et efficace, pour mesurer le retour sur investissement des actions RH, » précise Margaux Raab.

Méthodologie appliquée à Ubisoft

Souhaitant tester sa méthodologie sur un groupe de taille mondiale, Niaouli a en juin dernier décidé d’appliquer son outil à Ubisoft, le fournisseur français de jeux vidéo.

Dès 2017, des révélations ont fait état d’agressions et de harcèlements sexuels de la part des cadres et dirigeants, au sein de la multinationale qui emploie 18.000 salariés dans le monde.

Sa direction a depuis remanié son management, restructuré et renforcé la fonction ressources humaines, et lancé un audit sur ces procédures et politiques. Cité à l’époque par la presse française, son PDG s’était dit « plus que jamais déterminé à mettre en œuvre des changements profonds afin d’améliorer et renforcer notre culture d’entreprise”.

Pourtant, « fin juin 2020, de nombreux articles submergeaient la toile sur des cas de harcèlement sexuel, au sein de l’entreprise”, rappelle Margaux Raab.

« Nous voulions savoir s’il y avait un impact immédiat sur sa marque employeur. Nous nous sommes pour cela concentrés sur l’analyse des données publiques disponibles, notamment dans la presse et sur les réseaux sociaux”.

En juillet, Niaouli publie les conclusions de son étude de cas. Pour Margaux Raab, Ubisoft a « une marque employeur très forte, avec une aura d’attractivité naturelle”.

Mais si cette image a décliné durant la période étudiée, la startupper constate que « les collaborateurs ont été plus engagés sur les réseaux et ont plus interagi en faveur de leur employeur, tout en valorisant l’entreprise et en se déclarant heureux d’y travailler ».

Plus généralement, face à une détérioration de leur image de marque, Niaouli conseille aux entreprises de communiquer sur les mesures qu’elles comptent mettre en place pour remédier à la situation.

« Elles doivent également prouver la réalisation de ces mesures par des actions qui répondent aux attentes de leurs collaborateurs, candidats et clients, » préconise Raab.

«Elles doivent enfin se montrer inclusives envers leurs collaborateurs, sans exception ».

Créée en juin 2019, hébergée dans le Lux Future Lab, Niaouli emploie actuellement trois collaborateurs. Si la start-up s’est avant tout développée en France – avec comme clients Picard, l’enseigne de commerce Franprix et ID logistics –, elle compte également étendre ses activités au Luxembourg.

Le Lux Future Lab fermant ses portes fin décembre prochain, le trio réfléchit à d’autres points de chute les mieux adaptés à leur jeune société et à son évolution.

Silicon Luxembourg, août 2020