Autodidacte aux nombreux autoportraits, elle est l’une des plus grandes artistes peintres. Féministe, bisexuelle assumée, elle fut politiquement engagée. Atteinte de polio, ses toiles portent en elle le message de la douleur.

Mal physique, arts visuels

Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón naît le 6 juillet 1907 dans la banlieue de Mexico. Fille de Matilde Calderón y González, peintre de profession, et de Carl Wilhelm Kahlo, photographe allemand émigré au Mexique, dont les œuvres respectives lui donneront le goût du portrait et de l’autoportrait.

À 6 ans, elle contracte la polio, qui lui laissera un pied et une jambe droite atrophiés et stoppera sa croissance. Pour accélérer sa convalescence, son père l’encourage à pratiquer le football, la natation et la lutte ; des sports peu communs pour les jeunes filles mexicaines de l’époque.

Peintre par accident

Elle intègre l’Escuela Nacional Preparatoria, où elle se destine à la médecine. Elle est l’une des 35 filles du lycée prestigieux qui compte 2.000 élèves.

« Ils me disent surréaliste, mais je ne le suis pas. Je n’ai jamais peint de rêves mais ma propre réalité »

Elle y fait la connaissance du peintre Diego Rivera (1886-1957), de 21 ans son cadet, alors que celui-ci réalise une fresque murale, Création,dans l’auditorium de l’établissement.

En septembre 1925, elle est gravement blessée dans un accident de bus. Souffrant de multiples fractures à la colonne vertébrale et au bassin, elle est immobilisée pendant plusieurs mois.

Elle s’initie alors à la peinture et réalise ses premiers portraits, autoportraits et natures mortes.

Réaliste artistique, idéaliste politique

Fréquentant un groupe d’étudiants intellectuels et politiquement engagés, elle s’inscrit au Parti communiste mexicain, où elle milite pour l’émancipation des femmes. Elle y retrouve Diego Rivera et lui montre ses toiles. Ils s’épousent.

Années 30 : ils partent pour les États-Unis et y resteront 3 ans : à San Francisco, Detroit puis New York, au gré des œuvres commandées à Diego.

Elle y côtoie artistes, commanditaires et mécènes. Et peint plusieurs portraits et autoportraits, dans lesquels elle exprime son mal-être, sa solitude et son mal du pays.

Elle fait une fausse couche. Les fractures au bassin, suite à son accident, seront à l’origine de plusieurs complications et interruptions de grossesses, qui lui inspireront une série de tableaux.

Drames, douleurs et désillusions

Le couple revient à Mexico, où Rivera a une liaison avec Cristina, la sœur de Frida, dont naîtra un enfant. Kahlo divorce, poursuit ses créations artistiques et son militantisme politique. En pleine Guerre d’Espagne notamment, elle défend la cause des républicains.

Elle fréquente aussi de nombreux artistes : André Breton, Marcel Duchamp, Pablo Picasso… Le sculpteur Isamo Noguchi, le photographe Nickolas Muray et Léon Trotsky compteront parmi ses amants.

Elle a une aventure avec la chanteuse mexicaine Chavela Vargas et la peintre Jaqueline Lamba, la femme d’André Breton.

Elle exécute de nombreux autoportraits, dans lesquels la culture et l’art mexicains, les animaux, ainsi que la maladie et la mort sont présents. Elle réalise ses premières expositions officielles à New York et à Paris, les commandes se multiplient.

Consécration mexicaine

Années 40 : elle se remarie avec Diego Rivera. Le gouvernement mexicain lui sollicite cinq portraits de femmes ; ses douleurs chroniques mettront fin au projet.

Elle obtient la chaire à l’école des Beaux-Arts La Esmeralda (Mexico) ; toujours pour raison de santé, elle donnera cours dans sa maison.

Elle multiplie les portraits aux visages souvent fermés d’amis et de collectionneurs. Ses autoportraits reflètent ses douleurs physiques et morales.

Déchéance physique

Années 50 : elle peint exclusivement des natures mortes, des portraits de sa famille (1950) et de son père (1951), des hommages à la vie (1952,1953), et exprime son attachement au marxisme et à Staline (1954). Elle subit plusieurs interventions chirurgicales à la colonne vertébrale.

En 1953, elle inaugure sa première exposition personnelle au Mexique. La même année, on lui ampute la jambe droite gangrenée.

Elle ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant. Lors d’une manifestation de soutien au Guatemala, elle attrape une pneumonie, dont elle meurt le 13 juillet 1954. Elle venait d’avoir 47 ans.

Anecdotes

Impitoyable, la faculté d’observation de Frida Kahlo s’affirmait aussi dans un langage souvent cru. Des surréalistes français, elle dit : « une bande de fils de putes lunatiques ».

Sur les intellectuels elle poursuit : « connards artistiques de Paris » (…) « qui vivent comme des parasites, aux crochets d’un tas de vieilles peaux pleines aux as ».

À Diego Rivera, elle écrit : « Je n’en ai strictement rien à foutre de ce que tout le monde peut bien penser. Je suis née pute, je suis née peintre, je suis née chieuse, mais j’ai été heureuse tout au long de ma vie. Toi, tu n’as jamais compris qui je suis : je suis amour, plaisir, essence, je suis une connasse, une alcoolique, je suis tenace, je suis une peintre. Je suis simplement qui je suis, mais toi, qui es-tu ? ».