Pour Modus3, tout ne s’est pas déroulé comme initialement prévu. Face aux grains de sable qui entravaient sa propre mécanique, la fintech a dû revoir ses processus et recentrer son modèle d’affaires.

Darren Douglas est un entrepreneur dans l’âme. A sept ans déjà, pour gagner son argent de poche, le Dublinois collecte les boîtes de conserve, avec son copain Graham White, qu’ils rapportent ensuite à l’usine de recyclage voisine. Au bout de peu de temps, ils réinvestissent l’argent gagné, cette fois dans une « petite affaire » de nettoyage et d’entretien de pelouses.

« Issus d’un milieu modeste, nous avons toujours dû être créatifs pour monter nos propres businesses, afin de nous faire un peu de sous », précise Darren Douglas.

Une trentaine d’années plus tard, et après une carrière dans la finance en tant que compliance officer et risk analyst, Douglas s’installe au Luxembourg et lance sa start-up, Modus3, avec White, basé lui au Canada. L’entité est hébergée dans le Lux Future Lab et dans le LHOFT.

Du fluide dans les processus

Le projet d’entreprise est simple : mettre un peu d’ordre dans les processus métiers des banques. « J’ai passé une bonne partie de ma carrière à trouver des solutions simples à ces problématiques business, qui paraissent au premier abord insolubles », explique son co-fondateur et CEO.

En matière de gestion et d’organisation de leurs méthodes de travail et d’équipements IT, les institutions financières sont en effet loin d’être toujours efficaces.

« Dans l’industrie des fonds par exemple, chaque domaine d’activités dispose de ses propres documentations, processus et programmes informatiques », note-t-il.

« Ces derniers ne sont pas configurés pour être rattachés, ni pour communiquer entre eux. »

Les start-upers imaginent alors une infrastructure IT, qui regrouperait les tâches notamment de gestion des factures et des bonds, ou encore les opérations de contrôle, de compliance et de risque, sur une même plate-forme dotée d’apps dédiées à chaque processus

Le tout assurant ainsi un flux continue des opérations, à partir de règles de travail simplifiées, standardisées, et adaptées aux activités critiques de l’organisation.

« L’outil fait appel aux technologies de l’intelligence artificielle et du machine learning, qui prennent en compte et intègrent d’eux-mêmes ces informations dans le système, pour ensuite opérer les processus du client, » précise Douglas.

Une première version minimale de la plate-forme devait être opérationnelle fin août 2019.

Recentrage et mode projet

Cependant, tout ne se passe pas comme prévu : l’équipe IT à qui les fondateurs de Modus3 avaient confié la conception de la solution fintech, leur livre un prototype qui ne correspond en rien à leurs attentes.

Passée la mauvaise surprise, ils décident de stopper net leurs plans initiaux, et de prendre du recul. Ils revoient leur modèle d’affaires, pour le recentrer sur l’ensemble des flux de production, et non plus uniquement sur le traitement individuel des processus métiers.

Ils recrutent une nouvelle équipe, prête à relever le défi et à les accompagner dans leur vision.

Ils décident enfin de s’organiser en mode projet, une méthodologie opérationnelle qu’ils avaient jusque-là quelque peu délaissée.

« Les erreurs sont à la fois nécessaires et inévitables. Elles améliorent votre résilience et votre détermination à réussir, » explique Darren Douglas.

« Nous avons appris la leçon : maintenant, nous suivons de plus près les travaux des développeurs, nous nous fixons des étapes et des délais réguliers, afin de prévenir au plus vite les risques et d’évaluer les avancées de notre concept.

La start-up compte maintenant rattraper le temps perdu : « Désormais, nous voulons absolument prouver que notre produit tient la route, et pour cela nous ne pouvons nous permettre de dévier de notre stratégie actuelle », poursuit le CEO.

Aussi selon toute probabilité, l’infrastructure devrait être opérationnelle en août prochain, et mise en place sur le site d’un client.

La prochaine étape consistera alors à quantifier le retour sur investissement, puis à déployer la plate-forme d’ici fin 2020, auprès de cinq autres utilisateurs au Luxembourg et au Canada, principalement des gestionnaires de fonds et d’actifs.

Une fois les premiers retours d’expérience fournis par ces derniers, puis les nécessaires ajustements de la plate-forme, Darren Douglas espère alors compter un portefeuille d’une dizaine de clients, essentiellement américains et canadiens.

Silicon Luxembourg, avril 2020