Depuis plus de 10 ans, les monnaies digitales ont leurs défenseurs et détracteurs. Moyens de paiement simples pour les uns (restaurant, e-commerce, immobilier), opportunités de gains énormes pour les autres, ou encore supports de pratiques illégales, leur popularité et l’absence de contrôle monétaire et financier font grimper et plonger leur cote.

Depuis leur lancement en 2008 les devises digitales connaissent un succès croissant. Selon CoinMarketCap, le site d’information et cotations des devises cryptées, plus de 5.000 cryptomonnaies circuleraient dans le monde, pour une valeur de plus de 2.000 milliards de dollars. Le concept naît en 1998, mais se développe après la crise financière de 2008.

Aujourd’hui, le Bitcoin (créé en 2009) et l’Ethereum (2011) représentent près de deux tiers de la valeur totale du marché des crypto.

Hormis quelques devises stables comme le Tether ou le Coinbase, dont la valeur repose sur un actif réel (dollar, euro, or…), la plupart des monnaies digitales sont volatiles, à l’exemple du Bitcoin, coté à $64000 en avril dernier, descendu depuis à moins de $30.000.

Un accès Internet suffit

Mais leurs caractéristiques séduisent toujours plus de jeunes et d’épargnants attirés par leurs performances et en quête de valeur refuge durant la pandémie.

Créées et échangées via une plateforme sécurisée, leurs transactions sont vérifiées, cryptées et répertoriées grâce à la technologie blockchain.

Blockchain – La technologie en blocs

Technologie de stockage et de transmission d’informations cryptées sans organe de contrôle, elle permet des échanges d’informations sécurisés.

Chaque transaction est enregistrée sous forme de code informatique dans cette base de données, qui sert ainsi de registre comptable numérique.

Les transactions effectuées sont regroupées dans des blocs de temps limités (10 minutes pour le Bitcoin). Ces blocs sont ensuite validés par des utilisateurs du réseau (« mineurs »).

Les différents mineurs disponibles vérifient que personne n’a essayé de frauder et que la transaction est bien valide. Celle-ci sera alors cryptée, datée puis intégrée dans la blockchain.

Une connexion internet suffit donc pour accéder au réseau mondial et décentralisé de la crypto. Les règlements d’achats et de ventes s’effectuent en toute confidentialité, sans frais de change, tout en échappant au contrôle des États et des banques.

Malgré son apparente facilité, l’utilisation des cryptoactifs comme moyens de paiement pose toutefois questions et présente plusieurs risques.

Crypto – Les risques

Volatilité des cours et pertes financières potentiellement très importantes.

Absence d’autorité de contrôle.

Problèmes de liquidité : personne n’est obligé d’accepter les cryptoactifs et donc de les échanger contre une devise réelle.

Support d’activités illicites : blanchiment d’argent, financement du terrorisme et d’activités criminelles (trafics d’armes et de drogue), évasions fiscales liés à l’anonymat des transactions.

Coût environnemental : une transaction en Bitcoin nécessite 215 kWh d’énergie, soit la consommation d’un ménage français pour deux semaines.

Absence de protection des cryptoactifs stockés : aucune assurance contre la perte ou le vol de sa clé de portefeuille numérique, ni contre le piratage de la plateforme sur lesquels la crypto s’échange.

« Pour se faire, il faudrait : une plus grande stabilisation des cours des cryptoactifs afin de restaurer la confiance dans leur valeur, un encadrement juridique et clair dans l’utilisation, l’investissement et les cours des cryptoactifs, ainsi qu’une meilleure communication de la part des acteurs financiers traditionnels sur leur utilisation, » préconise l’Institut National de la Consommation (INC).

En l’absence de législation et de réglementation, les crypto restent donc un terrain de jeu idéal pour les actions illicites, comme le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale, ou même le trafic d’armes et le financement du terrorisme.

Musk, le relent de la provoc

Le vide juridique et réglementaire ouvre également la porte aux pratiques d’abus de marché, notamment par des influenceurs, comme Elon Musk (CEO de Tesla), dont les conseils et sorties médiatiques induisent les investisseurs en herbe à se ruer sur la devise par peur de passer à côté de profits rapides et considérables.

En février 2021, Tesla révélait avoir investi 1,5 milliard de dollars de sa trésorerie disponible en Bitcoins, faisant grimper la devise à presque 65.000 dollars.

En avril, le constructeur automobile publiait ensuite un bénéfice de 10% (101 millions de dollars) sur la vente de ses mêmes crypto.

Dans un tweet de mai dernier, Musk se disait toutefois « préoccupé par l’augmentation rapide de l’utilisation des combustibles fossiles pour l’extraction et les transactions de Bitcoin », puis se moquait du Dogecoin, une autre crypto, dans un talkshow télévisé. Le Bitcoin chutait alors à 42.000 dollars.

Face à toutes ces pratiques illicites, les États planchent sans succès sur des dispositifs législatifs, pour mieux réguler ces devises et protéger leurs acheteurs et utilisateurs.

En attendant, quelques solutions pour éviter l’escroquerie existent : « si vous souhaitez obtenir des cryptoactifs, vous pouvez consulter la Liste noire de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) qui recense les sites d’arnaques liés aux cryptoactifs. L’AMF recommande également de ne pas investir plus de 5 % de son patrimoine, » précise l’INC.

Et le Luxembourg dans tout cela ?

3 questions à Emilie Allaert, Head of Operations and Projects @ The LHoFT Foundation

Où en est-on au Luxembourg ?
Les cryptomonnaies étant ouvertes à tous, sans restriction d’accès, on assiste à une vraie démocratisation, créant ainsi de nouvelles opportunités d’affaires et de nouvelles attentes également de la part d’investisseurs potentiels.

Qui utilise les crypto au Grand-Duché, et pour quoi faire ?
Tout d’abord, les particuliers, à des fins d’investissement, de gains, et par envie de découvrir, d’explorer, de diversifier leur portefeuille financier. Certaines sociétés de services (notamment PwC) acceptent déjà les paiements de leurs prestations en cryptomonnaies.

D’autres rémunèrent leurs employés partiellement ou intégralement en crypto. Par ailleurs, les services financiers y voient des opportunités de nouveaux services, clients et produits.

Le crowdfunding n’existant pas au Luxembourg, les cryptomonnaies permettent aussi d’investir dans des projets innovants que l’on souhaite soutenir.

Quelle expertise le pays fournit-il dans le domaine ?
On observe une nouvelle spécialisation notamment dans le conseil juridique, sur la blockchain, les cryptomonnaies, etc., afin de guider les start-ups et sociétés dans leur levées de fonds en crypto.

Le Luxembourg abrite des plateformes autorisées par le régulateur (CSSF), telles que bitstamp et bitFlyer, qui permettent d’échanger des Euros, du dollar US… avec des cryptomonnaies bien établies (Ether, Bitcoin…).

On voit des start-ups spécialisées dans la création d’actifs virtuels (tokens) à des fins d’investissements immobiliers, ou bien dans les portefeuilles électroniques (wallets) pour stocker, échanger, investir ou payer en crypto. Les institutions financières, enfin, regardent vers des services de conservation et de dépôt.

Le plus important est à venir : d’ici 5 ans, les services financiers tels qu’on les connaît devraient avoir bien changé.