Elles chassent et mangent des animaux consommables, et revendiquent de pouvoir chasser dans un milieu traditionnellement et exclusivement masculin.

Ce sont les carnivores éthiques. La tendance n’est pas nouvelle, mais le contexte semble en séduire toujours plus, face aux péchés croissants de la chair animale : élevage et abattage industriels, maltraitance sur volaille et bétail, filières de production et de distribution alimentaires qui s’enrichissent toujours plus au détriment de la sécurité sanitaire et des consommateurs, effets climatiques néfastes des surproduction et surconsommation de viande et de poisson…

La main à l’ouvrage

L’une d’elles, Louise Gray, en avait même fait un défi personnel : ne manger pendant un an que de la viande d’animaux tués de ses propres mains.

Louise Gray relate son expérience de carnivore éthique dans “My year killing to eat” (Source: Bloomsbury)

Cette ancienne journaliste du Daily Telegraph, avait en 2015 pris cette décision suite à un post de Mark Zuckerberg. Sur sa page privée Facebook, le fondateur du réseau social américain annonçait en mai 2011 avoir tué lui-même un cochon et une chèvre.

Une démarche perçue alors par le Net comme avant tout ridiculement égo-logique.

Vous ne devez pas nécessairement tuer les animaux vous-mêmes, mais vous devriez vous efforcer d’en connaître l’origine et la provenance.

Louise Gray

Gray va plus loin : elle apprend à chasser pigeons, lapins et cerfs. Et à pêcher. Elle teste aussi des sources alternatives de protéines, comme la viande in vitro et les insectes.

Elle en tire des articles et un livre, avec un message clair : « Vous ne devez pas nécessairement tuer les animaux vous-mêmes, mais vous devriez vous efforcer d’en connaître l’origine et la provenance ».

Un bon réflexe selon elle, pour réduire naturellement la viande dans son assiette, sans la bannir complètement. Et pour la consommer de manière raisonnée et écologique.

En quête de chair de poules

À sa façon, Céleste est elle aussi une carnivore éthique. Cette femme de ménage portugaise ne mange que les œufs et les poulets produits et élevés dans son arrière-cour.

Pour des raisons financières et surtout de goût, elle ne peut supporter d’autres viandes. Mais aussi par manque d’informations claires sur l’origine, l’élevage et la préparation des produits carnés.

Fille d’agriculteurs, venue au Grand-Duché il y a plus de 25 ans, elle compte une trentaine de poules et de coqs. Deux fois par an, elle achète des poussins au fermier voisin.

Céleste, carnivore éthique (photo : Sheri Hooley, Unsplash)

Une fois atteints l’âge souhaité, elle les tue elle-même, son mari préférant plutôt les préparer et les congeler.

« La viande a un autre goût, il y a le plaisir de manger ce qu’on a soi-même préparé. Si financièrement, tout cela a un coût, cela reste pour nous toujours moins cher que le bio, » précise-t-elle.

Pour Lucie Boedts-Kuehnle, la viande et le poisson sont des incontournables nutritionnels. Avant tout végétarienne, elle revendique toutefois leur consommation régulière, ne serait-ce que pour les besoins de croissance de ses trois enfants. Mais sans excès.

Chasseure assumée

Convaincue des enjeux économiques, sociaux et environnementaux de la production et de la consommation de viande, cette juriste en droit commercial milite également pour la chasse raisonnée.

Un moyen écologique, selon elle, de se procurer des protéines animales, dont on connaît l’origine. Dans le respect de l’animal et du bien manger.

Face à une législation luxembourgeoise trop restrictive en matière de chasse, elle a lancé un projet pour femmes chasseuses, qui se déroule en Ecosse : le Ladies Mac Nab Challenge.

Là, les cerfs en surnombre détruisent la végétation, au grand dam des autorités. La population est donc conviée à chasser et à se nourrir de gibier local.

inspiré du roman de John Buchan, John Macnab (1925), l’événement annuel de chasse est exclusivement réservé aux femmes.

Organisé en septembre, son concept est simple : tirer un cerf, mais aussi deux grouses. Et pêcher un saumon. Le tout en une journée. Il se veut féministe également.

« Non seulement nous chassons des animaux consommables, que nous mangeons ensuite. Mais nous nous inscrivons aussi dans un combat qui revendique de pouvoir chasser dans un milieu traditionnellement et exclusivement masculin, tout en prônant des valeurs plus éthiques, écologiques et conviviales », explique Lucie Boedts-Kuehnle.